• Chemin de Compostelle 1

    Réflexions, inspirations autour du Chemin de Compostelle

    Le pèlerin qui arrive à pied à St Jean Pied de Port entre dans la vieille ville par la Porte Saint Jacques, il en sortira par la porte d’Espagne, après être passé par l'église Notre Dame du Bout du Pont.

    Après les portes, c’est un pont qui nous amène sur la rue d’Espagne, qui elle-même nous élève vers les cols de Cize (que l’on assimile au col de Roncevaux) qui permettent le passage des Pyrénées et de rejoindre l’Espagne.

    Balisage Col de Roncevaux

    Des portes, un pont, une ascension, une frontière, avec ce Saint Jean qui est au Pied de la Port(e), c’est bien le passage d’une porte énergétique que l’on vit ici. C’est donc un autre niveau de conscience qui est accessible, c’est l’entrée dans une autre dimension. On passe d’un monde à un autre, un monde qui nous met face à la révélation (Apocalypse de St Jean qui est le livre de la révélation).

    Lors de mon 2nd chemin, j’ai hésité longtemps à poursuivre en Espagne et emprunter pour la 2nde fois le "camino francès". La manière dont ça me venait était : « passer de l’autre côté ». C’est également ce que l’on dit de la mort. C’est donc comme un au-delà qui s’offre au pèlerin qui franchit la barrière des Pyrénées.

    Et c’est Notre Dame, Marie donc, qui nous accompagne dans cette initiation. On la retrouve d’ailleurs sous l’appellation "Vierge d’Orisson" en cours d’ascension. Marie, mère de Jésus nous invite à nous interroger sur la manière dont nous nous maternons nous-même. Qu’en est-il de notre mère intérieure ?

     

    Vierge d'Orisson

     

    Et en effet, ce passage du Col de Roncevaux est l’un des plus difficiles du chemin et à mon sens, le plus difficile du « camino francès ».

    Le corps est très sollicité. Comment on le ménage ?

    Les conditions climatiques sont souvent difficiles : pluie, vent,…

    L’accueil à Roncevaux est l'un des plus froids et impersonnels du chemin. Une vraie usine à pèlerins !

    Ça peut pousser à bout et du coup à lâcher prise, à prendre conscience, se remettre en question.

    Comment on s’accueille soi-même ? Comment on se donne de la douceur, de l’amour, de la rassurance ?

    Pour la plupart des pèlerins qui passent Roncevaux, ils démarrent à St Jean Pied de Port, c’est donc le début, ils sont encore dans la transition entre le connu et l’inconnu. Pour les français on quitte son pays, « sa mère patrie ». Pour ceux qui viennent d’autres pays, c’est le moment de quitter la France qui les a accueillis comme une mère pendant leur traversée. C’est donc un moment de séparation. On quitte ses habitudes, un monde rassurant dans lequel on a ses repères pour plonger dans un autre univers, un autre monde, celui de la communauté des pèlerins de St Jacques. Pour eux, c’est toutefois souvent l’euphorie, l’excitation, d’une nouvelle aventure qui commence. Chacun sait que ce n’est pas un voyage comme les autres mais il ne sait pas encore de quoi il s’agit vraiment...

    Pour ceux qui étaient déjà en marche, et encore plus pour ceux qui viennent des voies les moins fréquentées, ça peut être un choc, un effondrement. Jusque-là, il y avait moins de monde, l’organisation, l’ambiance étaient différentes. Ils passent d’une voie communale à une autoroute à pèlerins !... Ils étaient déjà rentré dans le chemin, des habitudes s’étaient installées (le mental adore ça, ça le rassure), des liens tissés dans un petit groupe de pèlerins, un petit univers s’était recréer après la 1re séparation d’avec son chez soi. On croit qu’on y est, que c’est ça le chemin et même si on a entendu des témoignages de l’Espagne, tant qu’on n’a pas fait l’expérience, une part de nous à tendance à croire que ça va rester comme ça jusqu’au bout. C’est vrai que ceux-là sont déjà dans le chemin, ce qu’on ne sait pas forcément avant de l’avoir vécu, c’est que le chemin, ce sont des phases, des étapes, des tranches d’expériences. Le chemin a plusieurs visages, plusieurs saisons… Il y a plusieurs paliers dans l’initiation qu’il propose.

    Entre St Jean Pied de Port et Roncevaux, une nouvelle séparation se présente donc…

    Le pèlerin meurt à quelque chose pour renaître à autre chose qui ne s’est pas encore vraiment dévoilé, voire s’est présenté sous des aspects peu engageant (foule, froideur de l’accueil, agressions du climat…).

    Il peut donc y avoir une déstabilisation, une sorte de dépression qui appelle à un maternage de son enfant intérieur. C’est aussi une préparation aux autres portes, aux autres initiations que le chemin réserve et qui vont mettre le pèlerin de plus en plus face à lui-même, à ses blessures, ses carapaces… et le pousser à se dépouiller et se révéler (révélation annoncée par St Jean).

    Il y en aura d’autres, des « pas sages »… Toutefois, peut-être pas aussi « costaud » que celui-là. Il y a là une barrière naturelle (la chaîne des Pyrénées) qui nous indique physiquement la puissance de l’énergie qu’il y a là. C’est foudroyant ! La foudre se retrouve d’ailleurs dans l’étymologie du nom Pyrénées qui fait référence au feu (pyr en grec), feu déclenché par l’humain mais aussi par la foudre. En France, la région la plus foudroyée serait les Pyrénées. « les Pyrénées seraient la montagne subissant les foudres ou les feux de Zeus. »

    (CF : http://fr.geneawiki.com/index.php/Pyr%C3%A9n%C3%A9es_-_%C3%A9tude_%C3%A9tymologique)

    Roncevaux se dit Roncesvalles en espagnol. Il semble que traditionnellement, on traduisait par « vallée d'aubépines ». En élixir foral, l’aubépine est une fleur de deuil, elle aide à accepter de se séparer. Mais au-delà de l’affectif, on est à un niveau spirituel. La paix du cœur et la liberté (intérieure, rajoute Jean-François Legall de Miraflor) sont les qualités qu’elle permet de révéler. Elle permet de se libérer des attachements et des possessivités (CF Laboratoire Deva).

    D’une manière plus générale, l’aubépine est symbole d’innocence, de pureté, qualités de l’enfant...Elle est apaisante et bénéfique pour le cœur (proposition d’ouverture du cœur ?...). Elle fleurit en mai, mois de Marie (on retrouve la mère intérieure), mois du renouveau et on dit que la foudre ne l’atteint jamais. La boucle est bouclée ! La nature étant merveilleusement bien faite, là où il y a un danger, le remède à côté (je crois qu’il y a une formule toute faite pour dire ça, ou un proverbe, mais je ne m’en souviens plus…).

    Une fois passé de « l’autre côté », l’adaptation se fait en général très vite (ça peut toutefois durer quelques jours) et l’énergie de la vie reprend. C’est alors l’enfant, heureux de découvrir son nouveau terrain de jeu qui s’amuse. La joie est présente.

    Avec la Meseta, à peu près au milieu du « chemin français », c’est par contre une traversée du désert, de la mort. Ça s’étale. C’est un malaise moins fort en intensité mais qui peut durer plus longtemps.

    Pour ma part, lors de mon 1er passage du col de Roncevaux, j’ai récolté une tendinite. Celle-ci m’a contrainte à m’arrêter 4 jours durant lesquels je me suis retrouvée seule, face à moi-même, dans une chambre d’hôtel sans pouvoir trop me déplacer compte-tenu de la douleur. Bien obligée de me remettre en question ! Sinon, c’était retour à la maison ! Inenvisageable pour moi !

    La 2nde, je suis restée 3 jours dans le doute du bien-fondé de la poursuite de mon chemin en Espagne…

    C’est donc l’une des étapes les plus difficiles du Chemin de St Jacques de Compostelle et ce à plusieurs niveaux : physique (27 kms, 1250 mètres de dénivelé, 8 heures de marche), mais aussi émotionnel. C’est également l'une des plus belles. Un travail en profondeur se fait et c’est une formidable occasion d’évolution.

    Ascension Roncevaux

    Ascension Roncevaux

    On croirait l'Himalaya...

    Orisson

    Valérie

    Si vous souhaitez reproduire ce texte, même partiellement, merci d'en citer sa source: valerielamour.eklablog.com et son auteur : Valérie Lamour